Les pharmaciens ont toujours joué un rôle essentiel dans la prise en charge de la santé sexuelle de la population française. Notamment en facilitant l’accès aux préservatifs, que ce soit en les proposant dans l’espace de vente ou en les proposant via des distributeurs utilisables à toute heure à l’extérieur de l’officine.
Régression
Depuis janvier 2023, la mise à disposition gratuite et sans avance de frais de ces protections pour les personnes de moins de 26 ans est actée. Une évolution législative dont le ministère de la Santé s’est félicité, indiquant que « sur les 15 premières semaines de 2023, le nombre de préservatifs dispensés en officine dans ce cadre [avait] été multiplié par plus de 5,5 par rapport à 2022 ».
Cependant, cet enthousiasme n’est pas de mise chez les experts de la santé publique. En effet, selon les données de Santé publique France, l’incidence de certaines infections sexuellement transmissibles (IST) a bondi : + 91 % pour les gonococcies et + 110 % pour la syphilis entre 2020 et 2022. Pour Charline Vermont, praticienne en sexothérapie et enseignante du DU de santé sexuelle de Sorbonne Université (Paris), « ces chiffres illustrent bien le recul de l’utilisation des préservatifs, et cela, quelle que soit la classe d’âge ». Pour elle, la population, notamment les jeunes, n’est pas assez informée de ce que les équipes officinales peuvent leur apporter, que l’on parle des dispositifs en eux-mêmes ou des conseils qui permettent de les utiliser correctement.
Réparation
Parmi les sujets régulièrement évoqués au comptoir figurent donc la prévention des IST et son corollaire : la contraception, notamment d’urgence (également appelée de façon impropre « pilule du lendemain »). Les pharmaciens délivrent également des traitements contre les mycoses vaginales et fournissent les sondes utilisées dans la rééducation périnéale. Bref, en lien avec les gynécologues, les sages-femmes et les kinésithérapeutes, les officinaux pansent, soignent et soutiennent leurs patientes. Selon le Baromètre Femmes en santé 2024, 30 % des répondantes citent le pharmacien, interlocuteur de proximité facilement accessible, parmi les trois personnes qu’elles estiment « les mieux placées pour les informer sur leur santé ».
Sans prescription
Les patients hommes, quant à eux, sont moins amenés à solliciter les équipes officinales pour obtenir des conseils relatifs à leur santé sexuelle. Mais une petite révolution s’est pourtant opérée début 2024 avec la mise à disposition du premier traitement des troubles de l’érection à application locale disponible sans prescription : Eroxon stimgel (Cooper). Cependant, il faut garder en tête les chiffres d’une enquête Ifop pour Charles.co qui révélait, en 2019, que parmi les hommes souffrant de problèmes d’érection, seuls 26 % avaient consulté, et que 15 % de ceux ayant besoin d’un médicament pour cela ne se l’étaient pas procuré à cause de la gêne qu’ils ressentaient à l’idée de se rendre à la pharmacie.
Avec plaisir
Dans son sillon, ce sont d’autres produits qui s’installent depuis peu dans les linéaires des officines. Revendiquant une image positive de la sexualité, sans érotisme de mauvais aloi, ces gammes (à l’image de My Lubie qui poursuit son implantation en pharmacie) ne prétendent pas résoudre un problème médical, mais bien rendre plus agréables les rapports. Une sorte de cerise sur le gâteau. Certaines blouses blanches pourraient avoir l’impression d’un franchissement de limite. Or, il n’en est rien : selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « la santé sexuelle est un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social associé à la sexualité. Elle ne consiste pas uniquement en l’absence de maladie, de dysfonction ou d’infirmité. » Dont acte. L’officine entre dans l’ère de la santé globale. S’il est un produit emblématique de ce basculement, c’est le lubrifiant. De plus en plus de patients ont une bonne connaissance de son intérêt, bien informés notamment par quelques professionnels de santé qui diffusent des contenus éducatifs de qualité sur les réseaux sociaux comme Charline Vermon et son compte Orgasme_et_moi ou encore le gynécologue Olivier Marpeau, présent sous le nom de mon.gyneco. Ils ont conscience de l’intérêt de ce gel : en limitant les frottements, il protège les muqueuses et évite de faire le lit des mycoses tout en diminuant le risque de transmission des IST. Et, conformément aux préceptes de l’OMS, il permet aux partenaires d’accéder à plus de plaisir.