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Les pères de retour dans les maternités ?

Illustration - Les pères de retour dans les maternités ?

Adobe Stock - Par Prostock-studio

La crise du Covid-19 a modifié les conditions d’accueil des papas à la maternité.

Au plus fort de la pandémie, dans les régions françaises les plus durement frappées, certaines femmes ont dû accoucher seules, c’est-à-dire assistées de l’équipe médicale mais sans leurs conjoints. Une situation extrême mais rare car hôpitaux et maternités se sont efforcés de permettre aux pères de « se confiner » avec leurs femmes en salle de naissance pendant le travail jusqu’à deux heures après la naissance. Cette situation a été difficile à vivre, lorsqu’on sait tout ce qui se joue entre la mère, le père et le bébé  à la naissance. Mais face à une maladie inconnue qui faisait des ravages, nécessité fit loi.

« La réalité, c’est qu’au plus fort de la pandémie, quand il n’y avait plus de masques, de casaques, plus rien, il n’y avait déjà pas assez de matériel pour le personnel donc accueillir les pères… Et il faut bien dire que début mars, face à cette maladie, on ne savait plus trop où on en était, ni les uns ni les autres », analyse le Dr Amina Yamgnane, gynécologue obstétricienne. Pourtant, la présidente de la Commission de promotion de la bientraitance en obstétrique du CNGOF (Collège national des gynécologues et obstétriciens français) sait mieux que personne l’importance de la présence des pères. « Depuis les années 70, on a fait entrer les pères, notamment selon le souhait de l’OMS, et l’on sait pertinemment que ce n’est pas une bonne idée que les femmes accouchent seules. Alors dès qu’on a commencé à y voir plus clair dans la pandémie, le Collège s’est prononcé pour un assouplissement ».

Une situation plus claire actuellement

De fait, pendant la crise, la situation a varié selon les équipes et les régions. Ce sont les Agences régionales de santé (ARS) qui ont édicté les règles. La situation aujourd’hui ? Le père peut être présent à la naissance et en suites de couches, à condition de respecter des consignes sanitaires strictes. L’ARS Ile-de-France vient de tenir, le 15 juin, un webinaire « périnatalité et Covid » pour actualiser les connaissances et la doctrine. « Il n’y a pas de raison que l’accompagnant ne puisse pas assister aux consultations, aux échographies, à condition qu’il n’ait pas été en contact récemment avec une personne souffrant du Covid, qu’il porte un masque, fasse des frictions hydroalcooliques, respecte la distanciation », souligne Catherine Crenn-Hébert, gynécologue-obstétricienne et experte médicale de Périnat-ARS-IDF. Et pour le Pr Olivier Picone, président de la Fédération française des centres de dépistage prénatal, la préparation à l’accouchement en présentiel est désormais envisageable, « à condition que le local permette la règle des 4 m2, par exemple en faisant les séances dans une salle polyvalente ».

Le Dr Yamgnane fait partie de ceux qui ont « bataillé », comme elle le dit, pour favoriser la présence des pères dans le respect des exigences sanitaires. A l’Hôpital américain de Neuilly (92), dont elle dirige le service de gynécologie-obstétrique, « les pères sont toujours venus en salle de naissance. Ils ont été conviés à quitter les suites de couches à partir du 17 mars et on les a réintégrés dès la première semaine de mai ». D’autres, comme le Pr Philippe Deruelle, qui exerce à Strasbourg, se sont battus également. « C’est lui qui le premier a demandé un assouplissement alors qu’ils étaient, dans l’Est, en zone encore plus dure que nous à Paris, et c’est lui qui est à l’origine du texte du CNGOF, en tant que référent obstétrical du Collège ». Depuis le déconfinement, le Dr Yamgnane a mis en place un système : « On s’est expliqué avec les papas, on a dédié une hotline avec une sage-femme, on a fait signer une charte aux papas sur comment se comporter à la maternité en période de Covid-19 ». Et l’hôpital a mis en place un système de double repas systématique dans la chambre, plus la prescription systématique à la demande pour les pères de patchs nicotiniques s’ils sont fumeurs pour qu’ils ne souffrent pas trop. Tout se passe très bien, on a très peu de difficultés ».

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